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Miguel Benasayag, Comprendre est agir, paysages et situations

La Découverte, 2006

p. 227


Texte intégral

1L’époque se caractérise par le fatalisme et la conscience malheureuse : l’individu, prisonnier de la monotonie, est coupé du monde, conscient de la négativité apporté par le progrès. Deux solutions : l’impuissance de la Belle Ame ou la gestion entrepreneuriale de la vie personnelle. Face à la fascination du pire, il faut réapprendre à percevoir, prendre conscience du rapport entre l’organisme et son environnement que M. Benasayag nomme « paysages », d’autant que la conscience est illusoire et qu’elle ne s’objective qu’à travers le langage : « L’être humain est parlé par la langue » (p. 95). Comment sortir de l’angoisse et de la séparation ? En considérant que nos sens ne trompent pas. La perception définit le niveau autoréférentiel de l’organisme lié au « paysage », environnement et culture dont les puissants possèdent les codes, multipliant les frontières invisibles et les clôtures : l’ouvrier est séparé de la production, la pensée du créateur… Or, si la liberté relève du mythe de l’homme- dieu, monade aux comportements répertoriés, l’idéologie de la communication qui s’appuie sur une transparence factice, mène à la tyrannie : formaté, l’individu moderne attend le despote qui le sortira de l’ennui et de la tristesse. Que faire ? Agir, car connaître c’est vivre, et vivre c’est avant tout agir (p. 123, 147). Seule la connaissance ouvre les portes de la claustration. Cette connaissance, qui peut être celle des actions, du système lui-même et des processus qui le gouvernent, ouvre à la puissance et détache le destin de la fatalité. Pour lutter contre le nihilisme désespéré, il s’agit également d’accepter l’absence de solutions et d’abandonner l’image d’un bonheur reproductible. En acceptant l’éphémère, en faisant de la mort le point de départ de la vie, on peut s’ouvrir à l’existence, et comme chez Spinoza à la joie. L’objectif réside moins dans le but que dans le chemin lui-même. Il ne vise pas la liberté, mais la libération.

2Livre optimiste et dense, « Connaître est agir » veut ouvrir des perspectives nouvelles en ce qui concerne la perception. Seule réserve, la reprise parfois obscure d’un vocabulaire leibnitzien ou de considérations scientifiques pointues.

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